Le sujet de mon article d’aujourd’hui va peut-être sembler contradictoire à celui d’hier, mais le sentiment d’imposteur sur Bookstagram, est-ce qu’on peut en parler?
Bookstagram est souvent présenté comme un espace chaleureux, créatif et rassembleur, un lieu où l’on partage avant tout l’amour des livres. Et c’est totalement vrai! Personnellement, j’y ai trouvé un super beau réseau, rempli de personnes avec qui je peux échanger sur une de mes plus grandes passions.
Pourtant, derrière les belles photos, les avis passionnés et les piles de lectures impressionnantes, il arrive qu’un sentiment plus discret s’installe : le sentiment d’imposteur. Ce doute n’est pas toujours facile à nommer. Il se manifeste parfois par une petite voix intérieure qui murmure que l’on n’est « pas assez » : qu’on ne publie pas assez, qu’on ne lit pas assez de classiques (et qu’on n’est pas assez crédible à cause de ça), que nos opinions ne sont pas pertinentes. On se demande alors si notre place est réellement légitime dans cette communauté.
Sur Bookstagram, la comparaison est presque inévitable. En faisant défiler son fil, on croise des comptes aux esthétiques soignées, des critiques très élaborées, des lecteurs et lectrices qui semblent enchaîner les livres à une vitesse impressionnante. Peu à peu, on en vient à mesurer sa propre valeur.
Pourtant, ce que l’on oublie souvent, c’est qu’Instagram reste une vitrine. On y met souvent le beau et le positif, alors qu’on y montre rarement les moments de creux, les pannes de lecture, les livres abandonnés ou les doutes. Comparer son quotidien à la version soigneusement choisie des autres est rarement juste et encore moins bienveillant envers soi-même. De plus en plus, j’essaie de mettre de l’avant ces côtés qu’on garde cachés. Je le mentionne lorsque je suis dans une panne de lecture. Dans mes chroniques, je mentionne autant les points que j’ai appréciés et les points que j’ai moins appréciés. Je tente de rester le plus positive, tout en restant vraie.
Le sentiment d’imposteur est aussi alimenté par une idée tenace : celle qu’il existerait une manière « correcte » ou « sérieuse » de parler de littérature. Certaines lectures sont encore perçues comme plus nobles que d’autres, et aimer des genres populaires, comme la romance, fantasy ou le Young adult, peut donner l’impression de ne pas être une vraie lectrice ou un vrai lecteur. J’ai arrêté de compter le nombre de fois où j’ai vu des publications sur Instagram, mais aussi sur TikTok aussi, de personnes qui critique les gens qui lisent que de la fiction ou qui rabaissent la romance.
Pourtant, la lecture n’est pas une compétition ni un examen à réussir. Un avis n’a pas besoin d’être académique et poussé pour être valable. Lire, c’est avant tout ressentir : être touché, bouleversé, diverti, surpris. Et ces émotions-là méritent tout autant d’être partagées. J’ai l’impression que souvent, on se pousse à ce que nos avis soient « propres », un peu comme des travaux scolaires. Pourtant, ce n’est pas ce qui est important.
Avec le temps, Bookstagram s’est aussi professionnalisé. Services de presse, partenariats, objectifs de publication, algorithmes à satisfaire… ce qui était au départ un simple plaisir peut parfois prendre des airs de performance. On peut alors avoir l’impression d’être « en retard » ou de ne pas en faire assez. Entre tous les livres qui sortent chaque mois, les livres qui s’ajoutent à notre bibliothèque, les services presses, parfois c’est facile de sentir la pression.
Cette pression peut faire oublier l’essentiel : nous n’avons pas besoin de produire constamment du contenu pour justifier notre présence. Lire lentement, lire peu, faire des pauses, alors que ce sont des choses qui sont parfaitement légitimes.
Si j’ai créé cet espace, c’était par amour des livres. Pour partager ce qu’ils me font ressentir, pas pour prouver quoi que ce soit. Et c’est cette intention que j’essaie aujourd’hui de remettre au centre.
Le sentiment d’imposteur ne disparaît pas toujours complètement, mais en en parlant ouvertement, il perd un peu de son pouvoir. Si cet article résonne en toi, sache que tu n’es pas seul et que ta manière de lire, de ressentir et de partager est valable. Tu as ta place, ici comme ailleurs.
Parce qu’au fond, aimer les livres suffit déjà.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire