mardi 26 mai 2026

14e lecture de 2026 : L'affaire Delorme

En allant à la bibliothèque Gabrielle-Roy, je suis tombée sur la bande dessinée « L'affaire Delorme » de Grégoire Mabit et Michel Viau.


Le 7 janvier 1922, le corps de Raoul Delorme est retrouvé dans un quartier vague de Montréal. Il a reçu six balles dans son cou et sa tête et au moins un des coups aurait été à bout portant. Qui aurait pu le tuer? Le sergent-détective Georges Farah-Lajoie, qui est responsable de l'enquête, suspecte le frère de Raoul, Adélard Delorme. Plus l'enquête avance, plus les preuves semblent s'accumuler contre lui. Par contre, plusieurs éléments viennent ralentir l'enquête:

  • À cette époque, la religion est très importante au Québec et est ancrée dans le quotidien de la majorité. Adélard Delorme étant prêtre, c'est perçu comme aberrant de l'accuser du meurtre de son frère. L'Église ferait tout en son pouvoir pour que l'affaire soit tassée, entre autres en faisant taire des témoins et en mettant de la pression sur le gouvernement pour que l'enquête se termine.
  • Le sergent-détective Farah-Lajoie accuse un homme de foi. Ce qui ne l'aide pas dans son enquête est qu'il vient de Syrie et, même s'il est aussi chrétien, la population québécoise sous-entend qu'il s'attaque à l'Église parce qu'il est Arabe.

Après le quatrième procès, Adélard Delorme est acquitté du crime dont il est accusé, malgré toutes les évidences qui semblent pointer vers lui.
  • Il a hérité de la fortune de son frère à la suite de son meurtre.
  • Adélard a mis une prime d'assurance-vie de 25 000$ sur la vie de Raoul deux semaines avant sa mort.
  • Adélard était le seul à avoir la clé de la porte qui mène au garage, et donc à la voiture de la famille. Il y avait dans cette voiture un fusil, dont les analyses balistiques démontrent que les balles ont bien été tirées par ce fusil.
    • Fun fact: l'analyse balistique était encore très peu connue et le procès d'Adélard Delorme est le premier en Amérique du Nord où les résultats de ce genre d'analyse ont été soumis. 

C'est ma deuxième lecture de cette bande dessinée et ça me ramène mon incompréhension face à la façon dont le cas a été traité. Dans un sens, je comprends à 100% que c'était une autre époque. La religion était très importante à cette époque. Que l'Église ait autant d'autorité sur la population, mais aussi sur le gouvernement, était normal à ce moment-là. Je m'imagine si ce cas-là arrivait aujourd'hui, c'est sûr que ça se passerait autrement. L'Église n'aurait pas un aussi gros pouvoir sur le déroulement des choses. L’origine de l’enquêteur responsable pourrait jouer un rôle dans cette enquête encore aujourd'hui (malheureusement, les préjugés raciaux existent toujours au Québec), mais j’ose espérer que ça n’aurait pas autant d’impact qu’à l’époque.

Raoul Delorme n'a jamais vraiment eu la justice qu'il mérite. Finalement, son frère a pu profiter de l'héritage et de la couverture d’assurance-vie de 25 000 $ et personne n'a été trouvé coupable de son meurtre. Bien que toutes les preuves tendent à dire que son frère a commis le crime, la justice n'a pas été menée à terme.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire